Pour le chocolat, c'était pratiquement la première tentative véritablement organisée pour entrer en Chine. En 2007, à Pékin, un salon de dimension réduite avait surtout attiré des expatriés occidentaux ravis de déguster d'excellents produits. Tandis que cette année, les 35 artisans chocolatiers regroupés au Palais des expositions de Shanghai avaient dans l'idée de faire découvrir au public chinois le chocolat haut de gamme. Les magasins d'alimentation en Chine ne proposent que des barres ou tablettes de fabrication industrielle au goût uniformément sucré. Elles sont de marques américaines (Dove par exemple) anglaises (Cadbury) ou chinoises. Et globalement, les Chinois en consomment très peu.
Crée par Sylvie Douce en 1995, le " Salon du chocolat " se déroule une fois par an à Paris. La première édition avait été inaugurée par Jean-Pierre Raffarin , alors secrétaire d''Etat aux PME et à l'artisanat. A Shanghai, il est présent en tant que Président d'honneur. Régulièrement, le salon se déplace aussi à New York, Moscou et dans plusieurs villes du Japon. Le cérémonial commence chaque fois par un défilé de robes de chocolat. Ce qui le 20 janvier ne manque pas d'attirer l'attention des médias shanghaiens. Le lendemain, des professionnels de la confiserie chinoise sont les premiers à venir acheter des boites et tablettes sur les stands. " Je vais voir si ce que j'ai choisi peut me permettre de diversifier la gamme des chocolats que je vend " explique Zhang Hua, fournisseur de grandes surfaces. Les confiseurs demandent à en savoir plus sur les techniques des chocolatiers français. En échange, ils se disent prêts à aider à l'importation de chocolats. En Chine, taxes et réglementations sanitaires sont d'une grande complexité.
Mais la priorité est d'évaluer les réactions des visiteurs du salon venus pour la plupart en curieux . Contrairement à une idée reçue, les préférences ne vont pas vers ce qui est le plus sucré. Beaucoup de visiteurs ont lu dans la presse que le chocolat noir est bon pour la santé en raison de sa forte teneur en magnésium. Par ailleurs, les conditionnements très colorés ont plus de succès que les emballages à l'apparence sobre. Progressivement, certains produits attirent plus que d'autres. Ainsi, Thierry Lalet, directeur de Saunion chocolaterie à Bordeaux constate : " J'ai une cerise confite au rhum enrobée de chocolat au lait qui a fait un carton. Ce qui a plu, c'est le contraste entre le fruit alcoolisé dans ce rhum un peu fort et le chocolat au lait qui adoucit " .
Thierry Lalet envisage de créer une société en Chine qui achèterait à Bordeaux pour fournir un point de vente à Shanghai. Avec à plus long terme la perspective de fabriquer en Chine pour le marché chinois. Les autres chocolatiers venus à Shanghai, comme le Lyonnais Richard Sève ou Jacques Bellanger du Mans vont également chercher à préciser les contacts qu'ils ont noués pendant le salon avec de possibles distributeurs chinois. Seul Jean-Paul Hevin a déjà l'expérience réussie de magasins installés à Hong Kong. Mais à Shanghai, il a une mauvaise surprise: il découvre dans un supermarché une contrefaçon de ses boites de chocolats ! Ceux qui lui disent que c'est le signe qu'il commence à être connu ne parviennent pas à calmer son dépit.
Globalement, les participants repartent de ce séjour à Shanghai avec des impressions plus nette sur leur clientèle potentielle en Chine. Le public qui a parcouru le salon était majoritairement jeune et féminin. Ceux et celles qui ont le plus acheté appartenaient visiblement à cette classe relativement aisée qui se développe en même temps que la croissance chinoise. Le ticket d'entrée du salon à 60 Yuans (environ 6 ?) était quelque peu sélectif. Certes beaucoup de produits sont restés dans les cartons faute d'avoir trouvé acheteur. Une société d'importation de Shanghai va se charger de les écouler lors d'une vente privée.
Sylvie Douce le dit avec regret : " chaque jour il y a eu un peu plus de monde et nous aurions certainement dépassé les 10.000 visiteurs si nous avions pu rester un jour de plus. Mais ce n'était pas possible à cause d'une réunion du parti communiste qui succédait à notre salon ". Au terme de ce qu'elle a observé pendant trois jours, la directrice du salon du chocolat a cependant acquis une conviction : " il y a la place en Chine pour des produits de luxe occidental accessibles. Et les chocolats artisanaux répondent à cette définition ".
Chacun admet que les structures économiques et sociales japonaises ne sont pas les mêmes qu'en Chine. Pourtant, la consommation de chocolat a considérablement augmenté depuis dix ans dans l'Empire du Soleil Levant et l'organisation de " Salons du Chocolat " y a grandement contribué. Les chocolatiers qui ont tenu un stand à Shanghai espèrent une évolution similaire en Chine. En tout cas, un autre salon du chocolat s'y déroulera l'an prochain.
Ludovic Lamantdu 17/03/2010
Philippe Rièsdu 17/03/2010
Gerard Hornydu 17/03/2010
Philippe Reclusdu 16/03/2010
Mathieu Magnaudeixdu 12/03/2010
William Emmanueldu 11/03/2010